« Je ne sais pas où ils sont » L'eau est montée de 2,5 ou 3 mètres de haut en une fraction de seconde. C'est vraiment incroyable. J'ai attrapé mon fils par le bras pour lui maintenir la tête hors de l'eau. Il me regardait sans comprendre ce qui se passait. Et d'un seul coup le plafond nous est tombé dessus. Nous nous sommes retrouvés tous les deux sous l'eau. Moi, j'étais à moitié assommé. C'est alors que j'ai perdu mon fils. Je ne sais pas où il est passé. J'étais sous l'eau, sans bien comprendre. Puis, il y a eu un bruit énorme et tous les murs se sont effondrés. J'ai senti qu'on partait très très vite, emporté par le courant l'eau. Il y avait environ 4 mètres d'eau. On a été projetés vers l'extérieur ce qui m'a permis de remonter à la surface. Et là, j'ai vu Tom, le petit de 5 ans. Il avait dû être poussé à l'extérieur lui aussi. Il était là, à côté de moi, en train de flotter. Il me regardait, il ne comprenait pas. Il nageait un peu. Je l'ai attrapé, j'ai commencé à partir avec lui, j'ai nagé aussi pour essayer de nous en sortir. Mais il y avait un courant incroyable. Des remous énormes. Nous étions projetés à une vitesse que l'on à peine à s'imaginer. Nous avons été projetés violemment contre un arbre et, sous l'effet du choc, j'ai perdu Tom. Je ne sais pas où il est passé. Je me suis retrouvé sous l'eau à nouveau. J'ai été aspiré au moins dix fois de suite puis j'ai été coincé sous un arbre. Je me rappelle m'être débattu pour essayer, à chaque fois, de trouver une sortie. Dix fois j'ai cru mourir. Plusieurs fois, j'ai cru que j'allais me laisser mourir tellement c'était dur. J'ai réussi à monter sur un arbre, mais il s'est couché. Je suis reparti dans les flots. J'ai réussi un peu plus loin à remonter sur un arbre, une seconde fois. Et là, j'ai crié, pour appeler ma famille. Je suis resté dans l'arbre 5 ou 10 minutes, peut-être. Des gens criaient partout. Isabelle, je ne l'ai pas revue depuis le moment où elle a été balayée par la vague, près de la baie vitrée. Je ne sais ni ce qui lui est arrivé ni où elle est. Tout s'est passé en moins de trois minutes. On n'a pas eu le temps de réagir.Source: Vendredi 31 Décembre 2004, © L'Est Républicain [1] "Parce que ma peau est la seule que j'ai
Que bientôt mes os seront dans le vent
Je suis né dans cette caravane
Et nous partons allez viens"
Raphaël, Caravane